Pourquoi les lapins n’ont-ils pas de casquette ?

Oui, alors donc, parlons-en. Pourquoi les lapins ne portent pas de casquettes ? Peut-être bien qu’ils n’y ont tout simplement pas pensé. Peuvent-ils même penser ? Cela soulève indubitablement la question : qu’est-ce que la pensée ? Une chose qui traverse l’esprit, et que, si elle ne le traverse pas, alors on ne pense pas ? Mais alors, qu’est-ce que l’esprit ? Un truc qui serait dans le cerveau ? Un bout de machin, qui, d’une cause, entraine une conséquence, à coup de voyage neuronale et de transmissions périphériques ? Si cela traverse les hommes, est-ce un courant d’air ? Tout le monde est dans l’air, tout chose est dans l’air, alors quoi ? Est-ce que ça traverses les murs ? Si je pense, ma pensée s’arrête-t-elle à la porte de ma cuisine ? De mon appartement ? De la ville ? De la couche d’ozone ? Et si les pensées passaient partout, comme des ondes wifi, ou des ondes sismiques ? Alors quoi ? Des capteurs vont-t-elles la détecter ? Des antennes faire relai ? Et des messagers, me rapporter la réponse ? Qu’est-ce qu’on va me renvoyer ? Si j’envoie une balle sur un mur, la balle revient. Si j’envoie de l’amour alors, l’amour revient ? Si j’envoie de la merde, la merde revient ? Si je me pose la question de qu’est-ce que la pensée, on va me renvoyer la question ? Je n’ai alors qu’à décider ? La pensée c’est ce que j’en fait ? Si je pense que la pensée crée, elle crée ? Si je pense que la pensée ne sert à rien, elle ne sert à rien ? Mais alors ceux qui disent qu’il ne faut pas penser, ou la laisser passer, ne pas s’y accrocher, baignent-ils dans un paradoxe ? Apaiser ses pensées, ou les modifier ? Si les lapins pensaient casquette, peut-être ils auraient des casquettes. Mais franchement, est-ce qu’ils en ont besoin ? Non. C’est probablement pour cela qu’ils n’y pensent pas.
Et nous, on a besoin de penser à quoi ?
Déjà, on peut peut-être enlever nos casquettes.
Après, ça… on verra…

Lumière

– Hey, dis, ils sont combien là-dedans ?
– Je ne sais pas. Tu veux venir voir ?
– Allez
… [le type 1 rentre dans la tête du type 2]
– Dis donc, il fait vachement noir. Comment tu fais pour t’y retrouver ?
– C’est ça le truc, des fois je ne m’y retrouve pas. Mais rassure toi, ce n’est pas toujours noir.
– Ah tiens justement… De la lumière. Ah oui… effectivement il y a du monde… C’est qui la femme en robe rouge ?
– Ah ça… Tu ne préfères pas le savoir. C’est pour les moments… Euh… Un peu… Bref, tu vois ce que je veux dire.
– Ouai… Dis moi pas.
– Il n’y aurait pas un mec en costard vert ?
– Euh… Ah si, là bas ! Je le vois, il est accoudé au bar.
– Ca ne m’étonne qu’à moitié.
– C’est qui ce type ?
– Tu peux me rendre un service ?
– Ca dépend. Dis toujours. Mais fait vite, j’étouffe un peu. Et puis, ce n’est pas chez moi, je n’aimerais pas rester coincer, tu vois.
– Ok… Est-ce que tu pourrais lui casser la gueule ?
– Quoi ?
– Lui casser la gueule. Le mettre ko, une bonne fois pour toute ?
– T’es sur ? Ca ne va pas tout faire griller ?
– Il y aura bien d’autres neurones pour refaire les connexions.
– Et si c’est l’ingénieur du son ? ou l’administrateur général ? Ou quelqu’un d’important quoi, tu y as pensé ?
– C’est un putain d’alcoolique. Alors, ingénieur ou directeur de mes couilles, j’en ai rien à carrer. Il n’a plus rien à foutre là. Tout le monde s’en portera mieux sans ce type.
– Mais c’est pas toi ce type ?
– La ferme. T’es pas là pour penser dans ma tête. Et ce n’est pas toi qui disais qu’on était plusieurs ? Si j’en balance un par-dessus bord, il en restera bien assez pour faire tourner le bordel.
– C’est pas faux. Ca se tient comme logique.
– C’est ce que je dis, allez.
– Bon, si tu y tiens, c’est parti mon kiki.
Euh… attend… Je fais comment, moi, pour lui casser la gueule ?
– Comment ça, tu fais comment ?
– Ben, comment, quoi ? Qu’est-ce que je fais concrètement ?
– Ben, un coup dans sa tronche, un coup dans son bide ou dans ses testicules d’alcoolique dégarni.
– Et s’il fait du karaté le gars ?
– Je n’ai jamais fait de karaté, arrête tes conneries. Et puis il ne tient surement pas debout. Allez, bing, ko !
silence
– Alors ?
– Ben ça y est, je l’ai mis ko. Il ne bouge plus. Ah, il y a même des types qui viennent le ramasser tient.
– C’est qui ces types ?
– Je n’ai pas eu le temps de leur demander, ils sont déjà partis. Bon, je ne vais pas m’éterniser…
Madame…
Elle ne répond même pas ta gonzesse.
– Elle n’a pas l’option parole
– Ah, d’accord…
Allez, je sors….
Pfiou… ça fait du bien de respirer de l’air.
– Et ben je suis bien content, merci, t’es un vrai pote. Des fois, avec les problèmes, il faut prendre le taureau par les cornes.

– Les amis, ça sert à quoi sinon… On va fêter ça ? Je te paie une bière.
– …
– Euh, ah non désolé…. Paix à son âme. Putain fait chier, j’en étais sur que c’était une connerie de le virer ce gars là !
– Ce que te propose, la prochaine fois, je te rends la pareille : je vais explorer ton trou du cul ?
– … Ouai mais là, pour le coup, c’est sur, il n’y aura pas de lumière.
– Ce n’est pas grave, j’apporterai une torche.

 

Yolande Bertrand
Écrits spontanés

Contre-sens

– ça n’a pas de sens !
– qu’est-ce qui n’a pas de sens ?
– ce que tu dis
– dans quel sens ?
– dans quel sens, quoi ?
– dans quel sens, ça n’a pas de sens ?
– bein, ça n’a ni queue ni tête
– ni queue ni tête de quoi ?
– bein… on ne sais pas d’où ça part… et on ne sait pas où ça va !
– je l’ai dis d’où ça part : de l’impulsion, de la vie quoi
– et ça va où alors ?
– bein, dans la vie
– c’est bien ce que je dis, ça n’a aucun sens

 

Yolande Bertrand
Écrits spontanés

Plus de souffrance

Il arrive qu’on soit un peu malade. Malade de tout, malade de rien. Il parait que ça s’appelle parfois dépression. La ‘structure de droit’ peut heureusement t’aider : elle te file des cachetons. C’est pratique, tu ne ressens plus la détresse. C’est simple, tu ne ressens plus rien. Tu n’es plus pas content. Tu n’es plus contant non plus. La douleur n’est plus là. La supprimer à tout prix, aucune utilité, pas de place. Plus de place à la mort dans la vie, elle n’existe pas, l’éviter. Supprimer la maladie. Ne pas écouter le corps, faire taire le corps. Supprimer tout ce qui touche, ne pas écouter.
Neutralité. Rien. Soulagé de la vie. Soulagé d’être enfin vide.
De rien.

 

Yolande Bertrand
Écrits spontanés

Trop

Trop de tout, tout de rien
Dans trop du trou, il ne se passe rien
A moins qu’on y voit bien bien,
Ce rien trop, qui point n’en faut
Quête de cerise
Mouche qui touche
Envolée du jour
Qui n’a point vu le noir
Lumière du soir
Araignée d’espoir
Trop niant le faux

 

Yolande Bertrand
Écrits spontanés